La harpe à la Renaissance

 

 

La harpe était depuis le Moyen-Âge l'instrument qui convenait le mieux à la théorie musicale :

elle comprenait toutes les notes du Gamma-Ut.

 

A la renaissance, deux courants s’opposent : les « conservateurs », théoriciens soucieux du sens et de la métaphysique, et les musiciens pragmatiques, conscients des imperfections de la harpe pour jouer la musique contemporaine : c’est ainsi que la harpe se fait rare début du 16è. siècle.

 

Glarean (1488-1563) :

"Très rares sont les instruments qui servent aussi bien à enseigner entièrement le vrai art de la musique que la harpe (…) Pourtant je crois que si elle est aujourd'hui aussi peu commune, c'est à cause de sa difficulté et parce que la plupart des gens préfèrent des instruments plus bruyants et moins artistiques"

 

Juan Bermudo (1510-1565) :

"De nos jours, <la musique> relève du genre semi-chromatique; or on ne peut la jouer avec l'accord de la harpe parce qu'il lui manque les divisions des tons et que seuls les demi-tons diatoniques se trouvent sur cet instrument."

 

 

 

Comment faire les demi-tons ?

Deux techniques assez peu satisfaisantes

étaient alors en usage :

 

1- Accorder certaines notes à certaines octaves pour faire les cadences en faisant des « scordature ».

 

2- Écourter la corde manuellement en la pressant ùavec un doigt.

C'était la technique du célèbre Ludovico, harpiste du Roi Fernando le Catholique.

Si l'on en croit Bermudo, la plupart des harpistes espagnols ne maîtrisaient pas cette technique.

Mais elle était connue  depuis longtemps dans les pays celtes ("Bys a Fard").

 

Juan Bermudo (1510-1565) :

"On dit du dénommé Ludovico que, lorsqu'arrive une cadence,

il met le doigt en bas de la corde pour la <raccourcir> d'un demi-ton et obtient ainsi la cadence"

 

 

 

 

Vers l’amélioration de la harpe simple :

Bermudo  propose comme remède au diatonisme d'ajouter les cordes nécessaires aux cadences, do#, fa# et sol#.

 

"Pour que lesdites cordes se reconnaissent facilement, on pourrait les colorer. Il faudrait se garder de <jouer> ces cordes partout, mais seulement dans les cadences pour lesquelles elles ont été mises. <Ces> huit cordes, pourraient être moins nombreuses sur certaines harpes, et pourraient être tellement bien réparties, que la diminution des intervalles <ainsi formés> ne ressemblerait pas aux autres. De la sorte, elles seraient mises et réparties selon la mesure, et les doigts pourraient toutes les toucher sans gène. En peu de temps, la main s'y ferait, et serait sûre d'éviter ces <nouvelles> cordes, et de les jouer <seulement> lorsque c'est nécessaire. Cette façon de perfectionner la harpe serait rapide (breve) et il ne serait pas difficile de l'utiliser ».

 

Il n'explique pas comment les huit nouvelles cordes doivent être disposées sur la harpe, et cela ne permet pas de penser que la harpe de Bermudo était déjà une harpe double.

 

"D'autres musiciens, ne sont pas contents de l'instrument ainsi perfectionné parce qu'il reste trop limité (corto) ils l'ont élargi autant que le manichordion en mettant dans chaque octave cinq nouvelles cordes correspondant aux

cinq touches noires de celui-ci, de sorte que si on met sur la harpe vingt-sept cordes correspondant à autant de touches blanches du manichordion, ils en ajoutent dix-neuf autres ou au moins quinze correspondantes aux touches noires"

 

Peu après, Henestrosa propose dans son recueil de tablature adressé tant au clavier, qu’à la harpe et la vihuela, un dessin comparatif de ces trois instruments (1557). Aucune autre allusion n'est faite à d'éventuelles cordes supplémentaires.

 

 

 

 

 Espagne : « Para tecla, arpa, y vihuela »

Hernando de Cabezòn, 1578 :

« La harpe est si semblable au clavier, que toutes les pièces qui se jouent sur celui-ci

peuvent se jouer sur la harpe sans grande difficulté »

 

La harpe chromatique semble être apparue en Espagne entre 1557 et 1578

mais on ne sait pas encore aujourd’hui sous quelle forme.

La « arpa de dos ordones » n’a été décrite et clairement nommée qu’en 1624

par le harpiste italien exilé à Madrid, Bartolomeo Jobernardi.

 

 

 

Italie : la arpa doppia

Vincenzo Giustiniani :

« La Arpa doppia  a quasiment été inventée à Naples ;

à Rome, elle fut introduite par un certain Giovanni Battista del Violino »

 

Vincenzo Galilei :

"Cet ancien instrument (commémoré par Dante) nous fut apporté d'Irlande

où il est joué beaucoup et excellemment.

Les habitants de cette île s'y sont exercé depuis des siècles et des siècles.[…]

La distribution des cordes de cette harpe <irlandaise> me parvint il y a quelques mois

par l'intermédiaire d'un gentilhomme irlandais.

Et, après l'avoir attentivement examinée, je trouve que c'est le même instrument

aux cordes doublées qui fut, il y a quelques années de cela, introduit en Italie…"

 

La harpe d'Este (Modena)

 

La harpe de Bologne

 

 

 

Bermudo, tecla, arpa, vihuela
harpe et luth 16e
arpa estense