Étude

 
"Les harpions : questions organologiques et musicales
Quel(s) réglage(s) pour quel usage sur les harpes anciennes aujourd’hui ?"

(Congrès interdisciplinaire de Musicologie, 2009 - Édition Delatour 2013

 

Charles Besnainou, LAM - CNRS

Véronique Musson-Gonneaud, harpiste.

 

Abstract

Les harpions sont des “obstacles” qui modifient les vibrations des cordes de la harpe.

Ils sont attestés par l’iconographie et par les textes jusqu’au 18e siècle. Comme en témoignent, par exemple, Mersenne et Trichet, la sonorité particulière aux harpions semble avoir été appréciée de façon différentes suivant les époques. Aujourd’hui, les harpions reconstitués par la plupart des luthiers posent des problèmes esthétiques aux musiciens qui évitent de les utiliser et les tournent de façon à ce qu’ils agissent comme de simples boutons. Pourtant l’iconographie indique que les harpions sont toujours en position de faire “nazarder” les harpes gothiques.

Ce problème a été soulevé à maintes reprises, notamment par Pierre Abondance  qui prend précisément cet exemple pour évoquer les limites de la recherche organologique dans la mesure où « il ne nous reste souvent des siècles passés que l’image de ce que nous avons perdu ».

Or la question du timbre des harpions paraît à bien des égards indissociable de celle du répertoire. Le problème, c’est que l’on sait encore peu de choses de l’usage des instruments dans la musique médiévale en général. Aussi, dans l’état actuel des connaissances, la confrontation aux sources, l’intuition du musicien, ses expériences musicales et sa maîtrise des répertoires mènent à la conviction que la reconstruction actuelle des harpions sur les harpes médiévales et renaissances n’est peut-être pas la seule possible et que d’autres voies méritent d’être explorées.

 

Les reconstitutions modernes ressemblent à des crochets qui effleurent les cordes à une certaine distance de leur point de fixation. Cette disposition a l’inconvénient d’agir uniquement lorsque l’amplitude de la vibration est suffisante pour atteindre le crochet, alors l’effleurement se produit, mais lorsque l’amplitude de la vibration diminue, le phénomène d’enrichissement du son s’interrompt brusquement, ce qui crée une rupture dans le timbre et dans le son. Cela empêche également de jouer des nuances homogènes.

Sur deux harpes doubles conservée à Bruxelles par exemple, on peut remarquer que les harpions sont taillés de telle façon que l’effleurement s’effectue tangentiellement dès la fixation de la corde, et réalise ainsi un meilleur réglage sonore, tandis que d’autres qui ne réalisent pas cet effleurement ne produisent pas le prolongement du son tout au long de la vibration.

 

Au croisement de la musicologie, de l’acoustique musicale et de l’interprétation des répertoires médiévaux, cette recherche à pour objet la reconstitution de harpions qui satisfasse les musiciens. Or l’incidence des réglages de l’effleurement sur la qualité spectrale des sons produits semble fondamentale. Nous dégagerons alors deux types de géométrie de harpions : “affleurant” et “tangent”.

 

La comparaison des sources historiques avec les instruments à chevalet plat de tradition vivante, permet de proposer des solutions musicalement satisfaisantes qui semblent en adéquation avec le répertoire. En nous appuyant sur le fonctionnement la Tanpura indienne, nous avons adapté la forme des harpions de telle sorte que l’effleurement perdure tout au long de l’extinction de la vibration. Quant à eux, les harpions affleurant s’apparentent au chevalet la Bagena éthiopienne [6]. Des analyses acoustiques confirment ces résultats.

 

En proposant une analyse acoustique des différentes possibilités de reconstruction des harpions et leurs limites, ce travail pourra permettre aux musiciens de choisir en conscience. Ainsi, des harpions tangents s’avèrent particulièrement intéressants pour l’interprétation du répertoire joué aujourd’hui sur la harpe, et cela d’autant plus que c’est l’un des rares instruments médiévaux qui puisse descendre jusqu’au G Ut, tandis que des harpions affleurant semblent plus adaptés à un rôle rythmique.

 

Cette étude impose de reconsidérer la problématique du répertoire instrumental du Moyen-Âge non seulement avec les sources iconographiques, muséographiques et littéraires mais en lien avec la question du timbre, laquelle est rarement prise en compte.

 

 

 

 

 

musique medievale pur harpe celtique

Recueil pédagogique


Musique médiévale adaptée à la harpe celtique

Éditions Harposphères, HSA 11606

 

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